Assassine -Premières notes-

Assassine

Par A.S. Productions



Premières notes
Une journée normale



Enfin, elle avait fini de se débattre.
Ça n’avait pas été si facile. La trouver d’abord, peu aisé, il fallait le reconnaître.
Mais avec un peu de volonté, on peut déplacer des montagnes paraît-il.
Après, une fois qu’elle avait été trouvée, il avait été facile de la tuer.
Pas très forte, pas très résistante. Il y avait à peine cette étincelle de vie qui caractérise tant de ces gens ordinaires.
Voilà, c’était fini. Pour elle bien sûr.
Pour moi il restait encore à aller voir Marlaud. Ce que je comptais faire bientôt.
Juste après une visite à Delandres. Du personnel cette fois-ci.
Cet imbécile avait essayé de me rouler, moi ! Non mais franchement !
Delandres, Marlaud. Ensuite j’aviserai.
Osé d’arriver en pleine journée à son bureau. Mais bon, le crime n’attend pas, et sa paye non plus.
Je ne faisais tout de même pas ce métier par plaisir.
Métier, oui. Pour moi ce n’était pas très différent de négociant. Enfin… Il n’y avait plus rien à négocier généralement, mais il arrivait que ce soit encore possible.
Avec elle ça ne l’avait pas été.
De toute façon, elle devait mourir un jour ou l’autre, de la main ou de l’action d’un de ses clients.
On ne le dit jamais assez aux appelées, c’est un métier à risques.
Le portier, une armoire assez convaincante dans son rôle je dois dire, a tenté de m’empêcher de rentrer.
Amusant. Il ne savait probablement pas qui j’étais.
On s’est un peu battus, mais il a vite compris. Simplet et peu au courant des choses bonnes à sauver, mais pas dénué de bon sens.
Par réflexe je lui ai soutiré quelques pièces pour lui avoir laissé la vie sauve. Difficile de ne pas tomber dans les habitudes.

Le bonhomme était tranquillement assis derrière son bureau, penché sur ses livres de compte.
« J’avais dit de ne pas… Oh… Mademoiselle Iris… Quel bon vent ..?
-Un mauvais vent Delandres, un mauvais vent. Vous avez essayé de me doubler.
-Il doit s’agir d’une regrettable méprise mademoiselle..
-Regrettable, oui, méprise, non. Vos hommes de main sont tombés mon cher monsieur Delandres.
-Mes hommes de..
-Bon, trêve de bavardages. Je veux le double de ce que vous me devez, plus 50 pour vous laisser la vie sauve.
-Le double… 50… Mais..
-Rapidement s’il vous plaît, je n’ai pas envie de m’éterniser ici.
-Mais… C’est que… Je n’ai pas cet argent ici.
-Je crois qu’il va falloir que vous soyez plus coopératif.
-Mais.. »
Je ne vous reporte pas la suite. Disons que je l’ai légèrement bousculé et que j’ai eu ce que je voulais.
C’est terrible de devoir en arriver là tout de même. Enfin, c’est la vie.
Marlaud. Brave homme. Il a payé sans un mot, sans marchander.
Pour un peu, il a semblé satisfait. Pour sûr que je l’aurais été si j’avais été dans une affaire pareille.
Chantage, ça peut aller loin si on n’y prend pas garde. Et elle était soutenue la bougresse. Deux gaillards que j’ai du démolir. Je les ai achevés. Je n’aime pas ce genre de personne prête à tuer n’importe qui pour de l’argent.
Je fais la même chose, direz-vous. Eh bien non. Je ne prends pas toutes les missions.
J’avoue ne pas toujours en avoir pris de très nettes, mais jamais dans ce milieu perverti.
J’évite ces endroits, quand je le peux du moins.
Il y a souvent du boulot là bas, mais c’est surtout pour les sous-mains.
Ceux qui ont désespérément besoin d’argent. Ceux qui n’ont pas d’image d’eux même à donner.
Ceux qui se moquent de ce qu’on pense d’eux, du moment qu’ils aient un lit, une bouteille, et de la viande.
Moi, au début. Mais maintenant je vise plus haut. Il y a bien eu des coups durs, mais c’était seulement en dernier recours que j’allais chercher là bas.
Et puis de toute façon je ne suis pas bien vue par les filles qui travaillent là bas.
Je fais peur aux clients qu’elles disent. J’avoue que mes armes, mon armure, mon air négligé et mon bardas habituels ne sont pas bien encourageants.
Et puis quand on m’accoste, il y a de drôles d’oiseaux, ça se finit souvent en bain de sang.
Oh, je ne tue jamais personne, bien sûr, mais ça fait désordre.
Ça ne cadre pas avec la douceur qu’elles veulent inspirer. Pas du tout même.
Il y a un seul endroit où je suis acceptée sans trop de regards, c’est aux Trois Plumes.
Mais ce n’est pas un endroit comme les autres.
Déjà c’est tenu par une femme. Ce n’est pas un cas isolé, mais c’est assez rare pour qu’on le signale.
Ensuite, il n’y a pas qu’une seule salle, mais trois, d’où le nom je suppose.
Dans la première, il y a tout le bazar habituel. Je ne le décris pas, ce n’est pas vraiment la peine.
Ensuite il y a la salle réservée aux « clients spéciaux ». Certains sont des invités de la maison, d’autres des bourgeois plus ou moins sympathiques, et parfois il y a des poètes ou des chanteurs, qui s’emplissent les poches selon le bien vouloir des clients.
Les filles qui servent cette salle sont les meilleures du moment, choisies par la patronne.
Elles gagnent plus que les autres, bien sûr.
Enfin, il y a la salle secondaire. Les clients de l’auberge de 12 chambres, sans compter celles des filles, et les gens comme moi. De mon espèce comme disent les nobles.
Prêteurs sur gage, tueurs à gage, voleurs sur commande… Parfois même des représentants de clans de gens comme moi…
La salle des affaires comme on appelle ça.
Elema, la patronne, a déjà fait appel à moi. Une mauvaise affaire.
Un client mécontent qui avait enlevé une fille.
J’ai arrangé l’histoire. Et j’ai refusé la récompense qu’elle m’avait promise, contre deux jours logée, nourrie.
J’ai aussi calmé deux ou trois bagarres dans la salle des riches.
Dans ces cas là, elle me donne toujours une ou deux pièces en douce.
Même si je réprouve son commerce, c’est une bonne femme honnête et qui a un sens de l’honneur rare chez les tenanciers des établissements du genre.
Elle n’oblige pas les filles trop malades à travailler, et je ne l’ai jamais vue user de mots trop grossiers, comme il arrive souvent aux gérants comme elle.
Je ne dirai pas que c’est une sainte, ce serait mentir, mais elle est la femme que j’ai en meilleure estime dans toute la ville.
Hormis peut-être Louisanne.
Elle, est vraiment spéciale. D’ailleurs il y en a peu qui n’ont pas encore entendu parler d’elle.
C’est une prêtresse, du culte de Sandiar. Je ne connais pas grand chose de cette religion, elle est assez confidentielle, mais je sais que ses membres connus sont des personnages importants de notre ville.
Certains disent que Louisanne entretient des relations privées avec le seigneur Diar, mais je n’écoute pas ce genre de ragots.
Et puis, peu m’importe, à moi, avec qui elle passe ses nuits, ce qui importe c’est sa conduite publique.
Et sur cette ligne là, elle est irréprochable.
Je ne lui ai jamais parlé, mais j’ai plusieurs fois assisté à ses actes généreux.
Une fois, elle s’est même battue pour un pauvre paysan qui ne comprenait rien à rien.
Elle ne se bat pas très bien, mais elle se défend. Et elle mobilise les foules.
Les gens semblent prêts à la défendre dès qu’ils la voient en difficulté.
Et elle sait mener.

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